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Thomas JANNAUD

Des actualités personnelles sous un style impersonnel, et inversement.



Tentative de faire du stop
Pour ne pas s'arrêter en si bon chemin 25 Juin 2014

Après l'expérience dans la ferme je me suis pris pour un voyageur de l'extrême. J'ai donc voulu passer au niveau supérieur et rejoindre la prochaine étape en stop.
Klaipeda, au bord de la mer, est la 3e ville du pays, à 300 km en ligne droite sur l'autoroute en partant de Vilnius, en passant par Kaunas (2e ville) à mi-chemin.
C'est la première fois que je tente du stop sur un aussi long trajet ; j'en ai déjà fait 3 fois dans ma vie mais sur des trajets de 5 minutes.

Il semble que faire du stop fait partie de la culture dans les pays baltes, et plusieurs personnes dont Sam (cf la petite maison dans la prairie) l'ont déjà fait et m'ont assuré qu'il n'y aurait pas de problème. Une fille m'a dit qu'elle se rendait autrefois tous les jours au lycée en stop, elle n'avait pas d'autre moyen.

On me conseille d'aller à la sortie de la ville, à l'entrée de l'autoroute. Il y a parait-il un énorme marché. Seulement c'est la galère pour s'y rendre, j'y arrive à 13h30. Le marché est désert, c'est une zone industrielle vide avec quelques sacs plastique qui volent. Et moi avec mon gros sac. Je me donne une heure, si ça ne fonctionne pas je rentre en bus au centre pour prendre un train.

Au bout de 10 minutes on me prend, je suis fou de joie. L'homme me dépose 5 minutes plus loin et me dit "attends plutôt ici, c'est le bon endroit. Dans même pas 15 minutes on va te prendre".
La bonne nouvelle c'est qu'au moment où il me lâche des autostoppeurs se font effectivement prendre devant moi. La mauvaise c'est que je suis maintenant loin de l'arrêt de bus du marché et que je n'ai plus de plan B... Mais d'avoir vu des gens se faire prendre avant me donne confiance.

J'attends comme un imbécile avec mon pouce levé et ma feuille de papier. Je suis sur la bande d'arrêt d'urgence à la sortie d'une voie d'accélération, je trouve ça super dangereux. Pour moi et pour qui voudrait s'arrêter.
Il y a aussi une petite aire avec juste 5 ou 6 places de parking, sans boutique. Les voitures qui en sortent pourraient facilement me prendre mais ne le font pas.

Au bout d'une heure j'ai déjà un peu moins confiance. Il y a un clochard qui rôde dans le coin, peut être que les automobilistes ne s'arrêtent pas parce que je suis seul et pensent que j'en suis un ?
Je décide d'aller faire du forcing aux gens qui font leur pause clope sur cette micro-aire. Je n'aime pas ça mais je ne vais pas m'éterniser ici. Les premiers à qui je parle hésitent mais ne savent pas mentir. Difficile de dire non à quelqu'un quand on a de la place dans sa voiture et qu'on va dans la même direction que lui. Je me dis des fois que je devrais récolter des fonds pour la croix rouge dans la rue.
Ils vont jusqu'à Kaunas. C'est la 2e ville du pays, à mi-chemin, je dis ok et on monte. Ce sont 3 polonais qui se marrent bien.

Je m'assoupis et une heure plus tard on s'arrête sur une bande d'arrêt d'urgence à un embranchement. On est à la sortie 10km avant Kaunas qu'ils doivent prendre. Je ne suis pas complètement réveillé, je ne sais pas comment réagir ; je demande à être déposé plus loin pour la sécurité. Il avance de 200m pour me faire plaisir et sort mon sac du coffre. Ciao.

Je suis au beau milieu d'une autoroute avec des voitures qui déboulent à 130km/h. Déjà que personne ne me prenait sur la petite aire de repos, là avec la vitesse c'est chose perdue.
Pour la première fois, j'ai peur. Je repense à cette statistique : "espérance de vie d'un piéton sur l'autoroute : 15 minutes". J'ai un sac à transporter que je fais rouler, je ne peux pas marcher loin de la barrière sur l'herbe.

J'aperçois un gros bâtiment à 1km de là. Je traîne mon sac, pouce vers le haut quand même (on ne se refait pas !) et en veillant à ne pas croiser la route d'un chauffard. J'ai de la chance, le bâtiment est en construction, il y a plein d'ouvriers et l'un d'eux repart sur Kaunas ; il me dépose à la gare. Tout est bien qui finit bien.

Je ne m'attendais pas à ça, mais je suis venu pour l'aventure ! Mais pas pour du danger non plus. Ça me calme.

P.S : pour info, l'ouvrier qui m'a déposé à la gare était électricien à Londres, où j'étais stagiaire en 2008 en banque. A l'époque mon proprio embauchait des gens de l'est pour faire les petits boulots (maçons, peintre, ...) et à l'époque, tout fier dans mon costume à 22 ans, je trouvais cela normal, voire marrant. A la question du pourquoi du retour de Londres où il devait bien gagner sa vie comparativement à ici, l'électricien me répond qu'il avait l'impression d'être un esclave alors qu'il faisait simplement son boulot. Ici dans son pays il n'en est pas un. Et ça change tout. Merci à lui de m'avoir ramené.

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